Du mandala du jardin… au mandala de communication


Au cœur de l’Écolieu du Plan du Pont se dessine un mandala de permaculture.

Un jardin est fait de plantes, de terre, d’eau, d’insectes, d’êtres humains… Mais ce qui en fait un écosystème tient aussi aux innombrables relations qui unissent ces éléments dans un même environnement.

Pourquoi ne pas regarder la communication de la même manière ?

À l’écolieu, une conversation peut se poursuivre sur WhatsApp. Une réunion peut déboucher sur l’organisation d’un chantier participatif. Une fête d’été donne lieu à une affichette, elle-même relayée sur le site Internet, sur les réseaux sociaux, sur le panneau d’affichage en bois, directement visible sur le terrain… Des personnes se rencontrent, des photos et des vidéos sont prises, puis publiées et partagées, suscitant à leur tour de nouveaux échanges.

Ainsi, les messages ne font pas que circuler. Ils interagissent.

La communication apparaît alors moins comme une succession de messages allant d’un émetteur vers un destinataire que comme un ensemble de relations qui se croisent, se répondent, se démultiplient et parfois reviennent à leur point de départ. Un peu comme les différentes parties d’un mandala.

Du mandala de permaculture au mandala de communication

C’est précisément le mandala de permaculture de l’écolieu qui nous a inspiré une autre représentation. Nous avons disposé autour d’un même centre les principaux moyens de communication observés dans le jardin : les rencontres et réunions, les affiches, la presse, le site Internet, WhatsApp, Facebook, Instagram, les photos ou encore les vidéos…

Puis nous avons représenté les liens concrets de ces différents éléments entre eux. Apparaît alors une forme étonnamment familière : un mandala de communication.

Dans l’article scientifique dont est issue cette recherche, cette représentation est directement inspirée du mandala de permaculture du Plan du Pont. Elle cherche à rendre visibles les interactions entre les différents médias et leur environnement. La ressemblance est bien sûr symbolique. Mais elle nous invite à déplacer notre regard. Dans le mandala du jardin, nous pouvons observer séparément une plante, un insecte, un jardinier ou un chemin. Pourtant, pour comprendre le fonctionnement de l’ensemble, il faut aussi regarder les relations qui les unissent. Il pourrait en aller de même pour la communication.

Quand la communication devient un écosystème

C’est ici qu’apparaît une seconde analogie.

En écologie, un écosystème peut être défini simplement, selon Sandra Lavorel[1], comme « l’ensemble des interactions des organismes vivant dans un environnement donné. Remplaçons maintenant les organismes par des acteurs, des messages et des médias.

Nous obtenons quelque chose qui ressemble beaucoup à ce que nous observons à l’écolieu : des personnes qui communiquent par différents moyens, des messages qui circulent entre eux, des interactions multiples, le tout prenant place dans un même environnement.

Nous proposons de désigner cet ensemble comme un écosystème communicationnel.

Cela ne signifie évidemment pas que la communication serait un phénomène biologique. L’écosystème nous sert ici d’analogie : il nous permet de regarder la communication non plus comme une addition de messages et de médias isolés, mais comme un ensemble vivant de relations et d’interdépendances. Et cette intuition ne repose pas seulement sur une impression visuelle. L’étude des principaux médias utilisés dans l’écolieu a permis d’identifier de nombreuses interactions entre eux, mais aussi entre ces médias et l’environnement physique, social et organisationnel du jardin.

Quand l’écosystème communicationnel devient environnemental

Reste alors une question. Cet écosystème de communication aurait-il quelque chose de particulier parce qu’il se développe précisément dans un écolieu ? Lorsque nous avons interrogé ses membres, plusieurs relations particulières avec leur environnement sont apparues. Il y a bien sûr le lien à la nature : le plaisir de cultiver, de sentir les plantes, de regarder pousser, de se retrouver au contact du vivant. Il y a aussi une dimension éthique : prendre soin de la Terre, réfléchir à notre responsabilité envers elle et envers les générations futures.

Et apparaissent également, chez certains membres, des relations plus intimes ou spirituelles à la nature, parfois associées au mandala, au Yin-Yang ou à la spirale présents dans le jardin. Les témoignages recueillis sont divers et ne peuvent être généralisés à l’ensemble des membres, mais ils participent à caractériser l’environnement particulier dans lequel cette communication prend place.

C’est ce qui nous conduit à proposer la notion d’Écosystème Communicationnel Environnemental — l’ECE. Autrement dit, un ECE désigne un ensemble de personnes, de médias et de contenus qui interagissent dans un même environnement physique, social et organisationnel, lui-même marqué par des relations particulières à la nature, à l’éthique environnementale et à l’écospiritualité.

Deux mandalas pour regarder autrement

Revenons alors à notre point de départ.

D’un côté, le mandala de permaculture, que l’on peut parcourir, cultiver et observer. De l’autre, le mandala communicationnel, invisible à première vue, mais que l’on peut faire apparaître en suivant les conversations, les rencontres, les messages et les médias qui relient les personnes entre elles et à leur environnement. Le premier organise un espace cultivé. Le second nous permet de représenter un espace de communication.

Et peut-être nous apprennent-ils finalement la même chose : pour comprendre un écosystème, il ne suffit pas d’en observer les éléments. Il faut regarder les relations qui les font vivre et les rendent interdépendants.


Cet article propose une vulgarisation de : Frédéric Ély, « Vers un Écosystème Communicationnel Environnemental. Exploration analogique d’un jardin collectif communiquant : le cas de l’Écolieu du Plan du Pont », Revue des Interactions Humaines Médiatisées, vol. 25, n° 2, Europia, 2024. (https://europia.fr/RIHM/V25N2/RIHM25(2)-3-Ely.pdf)


[1] Lavorel, S. (2024). Les écosystèmes, un bien commun. CNRS Éditions, coll. « De vive voix », Paris.


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